• Texte sur Victor Hugo

     

     

     

     

     

     

    Texte sur Victor Hugo

     

     

     

    Victor Hugo et Eros, l’ambivalence d’une enivrante fragilité.

    « Elles viennent vous embrassent,
    Vous éblouissent et passent.../... » VH(1)

    L’érotisme chez Victor Hugo est un véritable paradoxe entre la retenue littéraire discrète et la passion humaine et physique effrénée.
    L’œuvre dans sa généralité occulte plus ou moins l’aspect sensuel, charnel pratiquement passé sous silence. En filigrane.
    Nul n’ignore cependant combien l’immense écrivain, poète et artiste aussi, que fût Victor Hugo avait une renommée bien fondée d’être une forte nature, insatiable amoureux.
    Cependant son œuvre est assez peu révélatrice lorsqu’il s’agit de sensualité exacerbée, la sexualité est drapée d’un voile pudique et pourtant Victor Hugo était plutôt très libéré sur le plan charnel, volupté, passion, voire un certain désir de débauche qui ne l’effrayait nullement et d’amours idylliques, puritaines, il basculait aisément à des jeux érotiques des plus sulfureux. Voici ce qu’il en dit :
    « Ce qu’on appelle passion, volupté, libertinage, débauche, n’est pas autre chose qu’une violence que nous fait la vie. »
    La pudeur, la retenue est pratiquement de règle avec son épouse Adèle Foucher au début tout du moins, mais pour ses amours illégitimes qui furent, en premier lieu Juliette Drouet la favorite, mais également Léonie Biard, Blanche Lanvin, sans oublier ses odalisques comme la jolie actrice et modèle Alice Ozy (Justine Pilloy) que peignit magnifiquement Théodore Chassériau. Victor Hugo leur écrivit des textes extrêmement sensuels, quant à la révélation de ces écrits il fût des plus discrets.
    Grande ambivalence de la vie amoureuse officielle, clandestine et de l’œuvre.
    Néanmoins, oui, dans certains de ses écrits il sacrifie au dieu Eros, il suffit de songer au recueil « Les Orientales » au roman « Notre Dame de Paris » avec la troublante sauvageonne Esméralda qui rendit encore un peu plus fou le pauvre Quasimodo transfiguré. Nous pensons aussi à « L’homme qui rit » où certaines pages flirtent avec l’imagerie érotique de l’époque. Et Victor Hugo souligne :
    « Platon disait, à l’heure où le couchant pâlit :
    Dieu du ciel, montrez-moi Venus sortant de l’onde !
    Moi, je dis, le cœur pleure d’une ardeur plus profonde :
    Madame montrez-moi Vénus entrant au lit ! »
    La poésie intimiste chez Victor Hugo transpose un univers pétri de désirs, de pulsions, de fougues, d’énergie émotionnelle, ce dont ne manque pas Victor Hugo, lui qui était habité par une sexualité épanouie et florissante.
    Il est bien connu, que durant le XIX ème siècle ses contemporains et lui sont épris de sensations orientalistes, exotiques, liées à une grande soif d’aventure, de rêve et de phantasme.
    Victor Hugo écrit :
    « La liberté d’aimer n’est pas moins que la liberté de penser. »
    Excellent artiste, Victor Hugo comme nous le savons, dessina ou peignit un certain nombre de nus, sortes d’odalisques selon la tendance de l’époque. Il nous laissa quelques petites ébauches délicieuses et délicates un tantinet subjectives.
    Sa fougue sexuelle débridée est tout à fait en adéquation avec son œuvre, puissante, débordante, lyrique, dithyrambique, théâtrale, phénomène qui d’ailleurs est tout à fait approprié à l’esprit du XIX ème siècle dans certaines couches de la société disons bourgeoise, où emprisonnée dans le puritanisme ambiant et l’entrave de la religion, vont se confesser à l’église avec femmes et familles, afin de mieux pouvoir aller s’encanailler au bobinard ou autres salons mondains.
    Victor Hugo n’est pas dupe car même s’il les provoque, il a conscience des risques encourus, et voici ce qu’il écrit :
    « A l’ instant où la femme naquit est morte l’innocence. » Elle est « l’être en qui Satan avec Dieu se confond. »
    Nous clôturerons ce survol « érotico-poétique » sur l’image de la remarquable sculpture préparatoire d’Auguste Rodin, puisqu’il s’agit d’un grand plâtre représentant Victor Hugo en vieil homme, intégralement nu, assis sur un improbable rocher, face à une œuvre du célèbre peintre symboliste suisse Arnold Böcklin où le dieu Pan jouant de sa flûte semble inviter le poète pour encore une ultime fois à écouter le chant des sirènes pour vivre encore une fois les folles ivresses de l’amour. Et de conclure :
    « Certes, elle n’était pas femme et charmante en vain,
    Mais le terrestre en elle avait un air Divin.../...
    Elle acceptait l’amour et tous ses incendies.../...
    Ne se refusait point et ne se livrait pas ;
    Elle savait se faire esclave et rester reine,
    Suprême grâce !.../...
    Que d’avoir tout donné sans avoir rien perdu !.../...
    Et couchée sur le lit, semblait sur une cime.../...
    Et c’était la grandeur de cette femme étrange
    Qu’en cessant d’être vierge elle devenait un ange. » (Extraits)
    Fermons ce paragraphe sur le paradoxe de l’homme qui fut l’un des plus grands poètes de tous les temps.
    Pris dans l’étau d’une œuvre existentiellement magistrale et de l’embrasement d’une charnelle et brûlante passion amoureuse.

    Michel Bénard.

    (1) extrait du poème « Femmes »

     

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    A une femme


    Victor Hugo
    Enfant ! si j’étais roi, je donnerais l’empire,
    Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux
    Et ma couronne d’or, et mes bains de porphyre,
    Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire,
    Pour un regard de vous !
    Si j’étais Dieu, la terre et l’air avec les ondes,
    Les anges, les démons courbés devant ma loi,
    Et le profond chaos aux entrailles fécondes,
    L’éternité, l’espace, et les cieux, et les mondes,
    Pour un baiser de toi !


    Victor Hugo, Les feuilles d’automne

     

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    Ô femmes ! chastetés augustes

    Ô femmes ! chastetés augustes ! fiertés saintes !
    Pudeur, crainte sacrée entre toutes les craintes !
    Farouche austérité du front pensif et doux !
    Ô vous à qui je veux ne parler qu'à genoux,
    Dont la forme est si noble en notre chaos sombre,
    Qu'on ne se souvient plus, en la voyant dans l'ombre,
    De rien que de divin et de mystérieux,
    Sorte d'oubli tombé sur la terre des cieux,
    Etres charmants créés pour la plus haute sphère ;
    Ô femmes, parmi nous que venez-vous donc faire ?
    Alors questionnant l'inconnu, l'inouï,
    Aux voix qui disent non tâchant d'arracher oui
    J'écoute, et je regarde, et, plein de rêveries,
    Je vais au Luxembourg, je vais aux Tuileries,
    Parlant à tout ce qui va, vient, passe, et cherchant
    La réponse à ce cri vague et pur comme un chant ;
    Et toujours, et partout, et de toutes les femmes,
    De celles-ci, les coeurs, de celles-là, les âmes,
    Du brun regard, de l'oeil voilé de blonds cheveux,
    Sort un sourire immense aux enfants, ces aveux.

     

     

     

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