• Poème d'un prêtre

     

     

     

    ATTAIGNANT (l'abbé Charles-Gabriel de l')

    (1697-1779)

     

     Bien que son nom soit oublié, les vers qu'écrivit celui qu'on surnommait de son vivant "Le grand chansonnier" ont passé les siècles. En témoigne "J'ai du bon tabac dans ma tabatière..." chanson populaire universellement connue dont il est probablement l'auteur et qui, dans l'une de ses stophes, éclaire le peu de vocation religieuse de ce prêtre, qui, étant le fils puîné de la famille, dut laisser l'héritage à son frère, et partir étudier au Séminaire des Bons-enfants.

    Un noble héritier, de gentillhommière

    Recueille tout seul un fief blasonné

    Il dit à son frère puîné

    "Sois abbé, je suis ton aîné !"

    J'ai du bon tabac dans ma tabatière

    J'ai du bon tabac, tu n'en auras pas

     

    Il prit son sacerdoce avec une certaine désinvolture si l'on en juge par le nombre de femmes et de plaisirs divers qui traversent sa poésie. Finalement , les apparences sont sauves : la vie dissolue de cet admirateur de Voltaire et des femmes ne l'empêcha pas d'être inhumé avec tous les honneurs dus à sa fonction : "Le 11 janvier 1779, a été inhumé à la cave de cette église (Saint-Benôit) le corps de M. Gabriel-Charles de Lattaignant, prêtre du diocèse de Paris, chanoine honoraire de l'église métropolitaine de Reims, doyen de la chambre ecclésiastique, âgé de quatre-vingt-deux-ans... Inhumation faite par M. le Curé avec l'assistance de vingt ecclésiastiques..."

    *

    Voici ce qu'en dit Bésuchet aux pp. 18-9 du  Tome II de son Précis historique de l'ordre de la franc-maçonnerie :

     ATTAIGNANT (l'abbé Charles-Gabriel de l'), chanoine de Reims, fut un des hommes les plus aimables et les plus spirituels, et parfois aussi les plus piquants de son siècle. Il naquit à Paris en 1697. L'abbé de Laporte recueillit et publia en 1757 les Poésies de l'abbé de l'Attaignant, 4 vol. in-12 ; il en parut un cinquième, aussi in-12, sous le titre de Chansons et Poésies fugitives, etc. Millevoye donna en 1810, en 1 vol. in-18, un Choix de Poésies de ce célèbre abbé ; choix qui fut fait avec un goût exquis. Le chanoine de Reims se réunit à Fleury pour faire jouer un petit opéra comique, intitulé le Rossignol. Il paraît que c'est là son seul essai dramatique. On dit populairement : Quand le diable devient vieux, il se fait ermite. L'abbé de l'Attaignant renonça sur ses vieux jours à la vie sensuelle, et alla mourir, le 10 janvier 1779, chez les PP. de la doctrine chrétienne. Il était franc-maçon ; et l'éditeur de la Lyre maçonnique, années 1813-1814, a recueilli deux couplets de ce frère.

     

    Ligou, dans son Dictionnaire de la Franc-maçonnerie (PUF), ne lui attribue pas explicitement la qualité maçonnique, mais le cite (sans doute en se basant sur Bésuchet) comme ayant publié dans la Lyre maçonnique de 1813 deux poèmes maçonniques. Effectivement cet ouvrage contient (pp. 51-52), non pas deux, mais une chanson (de deux couplets, comme l'écrit Bésuchet : couplets d'Adoption à une Grande-Maîtresse qui servait à table) qu'il attribue au Frère de Lattaignant (et que la Lyre des francs-maçons reproduira en 1830, en la signant cette fois l'abbé de Lattaignant).

     

    On a vu que Bésuchet non plus ne donne pas de détails sur son appartenance, il ne fait que se référer à des attributions largement postérieures à son décès. Et l'on sait à quel point de telles attributions a posteriori peuvent - comme c'est aussi le cas pour Condorcet - être douteuses.

    Le Mot et la Chose est un poème galant du xviiie siècle composé par l'abbé Gabriel-Charles de Lattaignant, également auteur d'une partie des paroles de J'ai du bon tabac.

     

     

     

    Le Mot et la Chose

    Par  l’abbé de  Lattaignant

     

    Madame, quel est votre mot

    Et sur le mot et sur la chose ?

    On vous dit souvent le mot,

    On vous a souvent fait la chose.

    Ainsi, de la chose et du mot

    Pouvez-vous dire quelque chose.

    Et je gagerai  que le mot

    Vous plaît beaucoup moins que la chose.

     

    Pour moi voici quel est mon mot

    Et sur le mot et sur la chose.

    J’avouerai que j’aime le mot

    J’avouerai que j’aime la chose ;

    Autrement la chose et le mot

    A mes yeux seraient peu de chose.

     

    Je crois même  en faveur du mot,

    Pouvoir ajouter quelque chose,

    Une chose qui donne au mot

    Tout l’avantage sur la chose :

    C’est qu’on peut dire encore le mot

    Alors  qu’on peut plus la chose…

    Et, si peu vaille le mot,

    Enfin c’est toujours quelque chose !

     

    De là je conclus que le mot

    Doit être mis devant la chose,

    Que l’on doit n’ajouter un mot

    Qu’autant  que l’on peut  quelque chose

    Et que, pour le temps où le mot

    Viendra seul, hélas, sans la chose,

    Il faut se réserver le mot

    Pour se consoler de la chose.

     

    Pour vous, je crois qu’avant le mot

    Vous voyez toujours autre chose :

    Vous dites si gaiement le mot,

    Vous méritez si bien la chose…

    Et vous n’avez pas dit le mot

    Qu’on est déjà  pris à la chose.

     

    Mais quand je vous dis que le mot

    Vaut pour moi bien plus que la chose

    Vous devez me croire, à ce mot

    Bien peu connaisseur en a chose :

    Madame,  passez moi  le mot…

    Et je vous passerai   la chose !

     *

    l'auteur est  un  abbé , mais une fine mouche

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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